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05.12.2022

Enouma, le dispositif d’insertion par l’emploi dans le secteur de l’aide à la personne.

Yann Le Goanvic, a cofondé Enouma pour apporter une réponse au manque de personnel qualifié dans le secteur de l’aide à la personne et la perte d’autonomie par la formation de personnes éloignées de l’emploi, fortes d’une première expérience dans le secteur, mais sans qualification 

Bonjour Yann, pourriez-vous vous présenter brièvement et me raconter l’origine du projet Enouma ?

Après plusieurs années d’expérience en industrie sur des fonctions commerciales et marketing, j’ai pris la décision en 2018 de changer de carrière. Je couvais cette envie depuis plusieurs années avec un projet autour de l’accompagnement des jeunes en échec scolaire dans leur orientation professionnelle.

Ce projet qui n’a finalement pas vu le jour m’a permis de mettre un pied dans l’écosystème de l’Économie Sociale et Solidaire. En 2018 j’ai donc quitté mon travail et participé à deux programmes qui m’ont fait découvrir successivement l’entreprenariat à impact et les acteurs majeurs de cette économie (Ticket for Change et On Purpose).

C’est au cours d’une conférence que j’ai découvert cette problématique qui est d’autant plus inquiétante qu’en 2025 nous aurons besoin de 325 000 aidants pour faire face au besoin d’accompagnement croissant des personnes en perte d’autonomie couplé au désintérêt progressif des étudiants vers ces métiers.

Parallèlement je me suis intéressé à la thématique de l’insertion professionnelle dont j’ai eu la conviction qu’elle  pouvait apporter une réponse à cette même problématique.

C’est de ces deux constats qu’est né le projet Enouma.

De quoi s’agit-il concrètement ?

Enouma c’est un programme d’ insertion professionnelle innovant préparant à l’entré en IFAS (Institut de formation d’Aide Soignant) 

N’étant pas du secteur de l’insertion nous avons inventé un modèle qui n’existait pas. Notre conviction est que l’on sort de la précarité avec une maîtrise des bases (notamment le français) et un diplôme officiel . L’enjeu du projet fut donc d’accompagner des personnes non diplômées à la reprise d’études.

Nous avons ainsi co-créé avec un partenaire une structure d’insertion qui a recruté et accompagné 10 jeunes femmes motivées, fortes d’une expérience dans le secteur et non diplômées.  Pour donner une clé de compréhension de la situation, il faut avoir connaissance du profil type: femme de 37 ans vivant seule avec 2 enfants à charges et ayant quitté sa scolarité (hors de France) au collège. . 

Concrètement nous avons mis en place un parcours de 10 mois, visant à la remise à niveau en littératie, numératie, informatique et biologie. Le tout couplé avec des temps de pratique tutorée en EHPAD. Soit un total de 900 h réparties pour moitié entre cours et stage. 

Pendant toute la formation nous avons travaillé également sur la reprise de confiance en soi et capacité à communiquer dans un environnement professionnel. 

Quels sont vos challenges du moment ?

Nous avons fini le premier programme d’accompagnement de ces 10 femmes dont 9 ont réussi le concours d’entrée à l’école d’aide soignant. Ce qui  une grande réussite, malheureusement ENOUMA n’a pu continuer l’aventure, à cause d’un différend avec notre partenaire.

Mais notre expérience auprès des EHPAD nous a permis de constater un fort besoin d’accompagnement des salarié(e)s pratiquant dans ces établissements. En effet, nombre d’entre eux présentaient des similitudes avec les personnes préalablement accompagnées : scolarité imparfaite, précarité, problématiques sociales. Nous avons donc développé une seconde activité à destination de ces derniers. en capitalisant sur notre savoir-faire pour construire un programme d’accompagnement spécifique..

Nous testons ce programme actuellement avec 40 salariés d’une structure privée. Le programme fonctionne bien et nous allons le déployer plus largement en Ile de France, notamment grâce à un soutien de l’ARS IDF (auprès d’autres acteurs privés non lucratifs et associatifs) D’ici fin d’année, nous devrions avoir accompagné près de 150 salarié(e)s.

Quels sont les problèmes spécifiques sur lesquels vous accompagnez ces personnes ?

Les situations sont nécessairement différentes d’une personne à l’autre c’est pourquoi nous démarrons par un bilan de compétences adapté qui évalue non seulement les la situation  professionnelle (passée, actuelle et aspirations futures), scolaire (mathématiques, français, informatique), et sociale (familiale, financière, habitat, etc.). Mais également la connaissance des diplômes du secteur, modalités d’obtention et financement(s) potentiel(s).

En fonction des besoins, nous proposons un accompagnement spécifique, qui peut être méthodologique, administratif ou tout simplement un suivi à chacune des étapes préalables à la validation du projet professionnel avec son employeur. 

Un petit mot de la fin ?

Dans notre univers nous voyons fleurir beaucoup de projets sur les aidants, l’habitat de personnes en perte d’autonomie, la recherche de solutions digitales visant à l’autonomie de ces personnes mais très peu autour de la formation/recrutement de personnel. Par ailleurs, ce qui est proposé d’ordinaire par les acteurs institutionnels est la mise en place de parcours de formations courts (environ 450h) à destination de personnes non qualifiées, ce qui est une erreur selon nous 

Notre conviction est à l’opposée c’est pourquoi nous souhaitons offrir aux salariés comme aux demandeurs d’emploi non qualifiés, des accompagnements de qualité dans la durée. Et cela se retrouve dans les modèles que nous avons pensé et déployé jusqu’à présent.

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