07.25.2022

Haltemis, la boîte à outils qui aide les aidant à prendre soin d’eux et de leurs proches.

Interview réalisée avec Anne Malouli Dhor, fondatrice d’Haltemis, nous raconte comment elle aide les aidants. à mieux prendre soin d’eux et de leur proche.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Médecin généraliste de formation, j’ai un parcours atypique qui m’a conduit à découvrir de nombreux domaines. A l’issue de mon internat je me suis spécialisée en gériatrie, puis durant mon clinicat de médecine générale j’ai enseigné à la faculté de médecine de Reims pendant 5 ans et enfin j’ai suivi un master 2 en sciences sociales.

Au cours de mes activités professionnelles  j’ai exercé en EHPAD. J’ai été interpellée par le nombre d’entrées souvent mal préparées ou non souhaitées. Il s’agissait par exemple de personnes que l’aidant familial n’était plus en mesure d’accompagner au quotidien et qui devaient du jour au lendemain quitter le domicile pour rejoindre un établissement médicosocial..

Ces situations m’ont donné envie d’agir sur le sujet car j’avais la conviction qu’il était possible de faire mieux. Premièrement pour aider l’aidant à prolonger l’autonomie au domicile de la personne. Deuxièmement, pour mieux anticiper les transitions domicile – établissement et les rendre plus acceptables.

Comment a démarré l’aventure Haltemis ?

Le projet a réellement émergé dans ma tête après avoir aidé une personne à convaincre son papa aidant d’accepter de laisser son épouse en accueil de jour 2 ou 3 jours par semaine au lieu d’une journée. Il accompagnait sa femme depuis plusieurs années et commençait à s’épuiser dans son rôle d’aidant. A la suite de notre discussion, il a accepté notre solution, au grand soulagement de sa fille.

J’ai eu alors envie de répliquer de manière plus systémique ce que j’avais vécu ce jour-là car mieux accompagner les aidants c’est aussi mieux accompagner les aidés. 

Ma première idée était alors de créer un lieu d’accueil de jour autonome pour “aidés” et aidants. L’objectif ? Prendre soin des “aidés” tout en donnant un répit aux proches aidants. Après quelques mois de réflexion et divers accompagnements sur l’entrepreneuriat j’ai pris conscience de la difficulté de mise en œuvre de ce projet (autorisations, investissements) et j’ai opéré un pivot pour lancer la version actuelle d’Haltemis !

Quels sont les services qu’Haltemis propose aujourd’hui ?

Haltemis c’est une “boite à outils” pour les aidants. Notre première cible, ce sont les aidants particuliers. Nous leur proposons des outils gratuits pour qu’ils montent en compétences sans s’épuiser dans la relation d’aide. Il s’agit par exemple d’ateliers, de conférences ou de formations en ligne. Pour que ces outils restent gratuits, je travaille avec des partenaires financeurs (ex : mutuelles, associations…)

La seconde cible est celle des aidants professionnels : personnels de santé, aides à domicile et travailleurs sociaux. Les médecins par exemple n’abordent pas du tout ce sujet dans leurs études. Il y a donc un vrai travail de sensibilisation et de formation des aidants professionnels car ils sont souvent très focalisés sur le malade et ne savent pas forcément comment soutenir les aidants également.

Enfin, notre troisième cible, ce sont les entreprises. L’aidance concerne 11 millions de personnes en France, concerne environ 20% de la masse salariale et reste malgré tout un sujet mal connu en entreprise. Nous aidons donc RH et managers à prendre conscience du sujet et à agir dans le cadre de leur politique RSE. Nous proposons des conférences de sensibilisation, des ateliers, une formation qui peut être financée par un OPCO… Les résultats sont  positifs pour les aidants mais aussi intéressants pour l’entreprise. Une meilleure prise en compte des aidants permet une réduction de l’absentéisme, une meilleure fidélisation des employés et l’exploitation des soft skills développées dans leur rôle d’aidants.

Y a-t-il des sujets qui reviennent souvent dans l’accompagnement que vous proposez aux aidants ?

Au début de mon projet j’ai découvert des travaux de sociologues sur la classification des besoins des aidants. On en distingue 4 types qui selon moi s’appliquent à tous les aidants:

  1. Trouver de l’information qualifiée sur la pathologie du proche ou sur son handicap  et sur l’écosystème d’acteurs à mobiliser. Cela permet de bien accompagner le proche  en favorisant l’acquisition de savoirs, savoir-être et savoir-faire..
  2. Entretenir le lien social : quelles sont les limites que l’on se fixe pour continuer d’avoir une belle relation avec son proche sans devenir uniquement son aidant ? Comment bien  communiquer pour ne pas abimer la relation ? Comment faire pour ne pas s’isoler socialement ou professionnellement ? Comment interagir et faire équipe avec le personnel de santé pour transmettre les bonnes informations ?
  3. Prendre soin de sa santé. De nombreuses études montrent que les aidants s’oublient dans la relation. Ils peuvent oublier de prendre du temps pour eux, de s’alimenter convenablement, de prendre leurs propres traitements… Nous travaillons donc sur l’acceptation de l’idée de prendre du temps pour soi malgré son rôle d’aidant. 
  4. Anticiper: comment préparer l’avenir et anticiper un éventuel départ de l’aidé en établissement spécialisé ? Beaucoup préfèrent ne pas y penser ce qui ne favorise pas la transition domicile – établissement.

Quels sont vos challenges du moment et comment voyez-vous le développement d’Haltemis ?

Notre principal défi en ce moment est le développement de nouveaux contenus. J’ai appris avec l’entrepreneuriat à mettre ma personne, mon expérience et ma passion au service des contenus. Je découvre petit à petit que je suis à l’aise dans ce rôle de communicante. C’est pourquoi je développe des contenus vidéos dans lesquels j’interviens pour diffuser plus largement nos messages.

Par ailleurs, j’adorerais fédérer une communauté active d’acteurs autour de l’aidance. Beaucoup de ceux qui ont suivi nos parcours, qu’ils soient particuliers ou professionnels , aimeraient garder du lien avec d’autres. C’est un axe stratégique qui demande néanmoins du temps et des ressources pour faire bien les choses !

Un petit bonus pour conclure, pouvez-vous nous expliquer la signification de Haltemis ?

A l’origine le projet était un lieu pour permettre aux aidants de trouver du répit, de faire une pause ou une halte. Par ailleurs en langage des fleurs l’anthémis (plus connue sous le nom de camomille) symbolise l’énergie dans l’adversité et l’attachement profond, ce qui représente bien les aidants.. Haltemis est donc la contraction de ces concepts : faire une halte pour conserver son énergie et rester engagé.

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