11.22.2022

Jessica Brail, des endométrioses et des solutions naturelles

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Jessica Brail propose son approche de l’endométriose et nous invite à adopter des solutions naturelles et respectueuses

Jessica Brail, pouvez-vous vous présenter et présenter votre approche thérapeutique de l’endométriose en quelques mots? 

Je m’appelle Jessica Brail, je suis naturopathe depuis 4 ans maintenant. Je me suis formée à l’école Euronature, affiliée à la FENA. Je reçois à présent des consultants à Paris et à Montreuil. En tant que naturopathe je ne fais pas de diagnostic mais je prends du temps pour écouter les personnes, pour les conseiller, et pour améliorer leur hygiène de vie à travers des solutions naturelles comme l’alimentation, la gestion du stress, et l’activité physique. Je peux également suggérer des compléments alimentaires (à base de plantes, de vitamines, de minéraux) afin de rétablir un état d’équilibre. 

Dans votre article vous parlez DES endométrioses. Pourriez-vous en quelques mots nous expliquer les nuances de chacune ? 

Bien sûr. En priorité il est important de savoir que chaque femme a son endométriose. Elle ne se développe pas du tout de la même manière d’une femme à une autre. Il y a tout d’abord l’endométriose superficielle, qui est l’endométriose la plus courante et dont sont atteintes la majorité des femmes. Dans cette forme de la maladie les lésions se trouvent en surface des organes et des autres tissus. L’endométriose ovarienne est une seconde forme de la maladie, dans ce cas l’endométriose développe des kystes sur les ovaires; que l’on appelle des kystes endométriosique. L’endométriose pelvienne profonde présente des lésions qui s’infiltrent au niveau des muscles et des organes de la cavité pelvienne. L’adénomyose, désigne des lésions à l’intérieur du muscle de l’utérus. On peut être atteinte d’endométriose et d’adénomyose en même temps. Certaines femmes souffrent aussi d’endométriose extra-pelvienne, ce qui signifie que les lésions sont sorties de la cavité pelvienne et ont muté dans des endroits très hauts de l’utérus comme le diaphragme, le thorax, mais heureusement cette forme d’endométriose est très rare. Souvent, lorsque des jeunes femmes sont diagnostiquées elles peuvent avoir peur des liaisons profondes ou superficielles. Mais dans le cas de l’endométriose cela ne définit pas la douleur, et il n’y a pas de corrélation entre la profondeur de ces lésions et la souffrance d’une femme. 

Dans votre article, vous dites avoir eu des symptômes différents que ceux que l’on attribue directement à l’endométriose. Cela a-t’il entrainé un diagnostic tardif ? 

J’ai eu beaucoup de chance dans le diagnostic de mon endométriose. Souvent on diagnostique une endométriose lorsque l’on a des règles douloureuses ce qui n’était pas mon cas, je ne suis jamais allée chez mon gynécologue pour une souffrance particulière durant mes menstruations. En revanche, j’avais des douleurs extrêmes au niveau de la jambe et de l’aine. Cela me faisait comme des grosses décharges électriques. Mais comme ce n’était pas des douleurs dues à mon cycle je ne me suis pas inquiétée car j’ignorais que ça pouvait être de l’endométriose. C’est un jour durant un rapport sexuel que j’ai ressenti une douleur intense. J’ai donc fait un IRM qui a dévoilé un énorme kyste et une endométriose. Maintenant je sais qu’au moment de l’ovulation, j’ai une grosse sensibilité au niveau de ce plexus. Je considère avoir eu de la chance parce que mon gynécologue a été réactif, et ça m’a permis d’être prise en charge rapidement dès le diagnostic posé. 

Pensez-vous que de nos jours certains symptômes de cette maladie sont toujours méconnus ?

Les causes exactes de l’endométriose sont encore en cours de recherche. Bien que l’on soit de plus en plus éclairé et alerté, on peut aussi imaginer que les symptômes ne sont encore pas tous identifiés. On sait à présent que l’endométriose entraine des douleurs menstruelles, des douleurs durant les rapports, digestives et urinaires, parfois également des douleurs neuropathique ainsi que des soucis de fertilité et de fatigue chronique. Bien que tout cela soit reconnu, on ne peut pas affirmer que d’autres symptômes ne seront pas découverts.  

Dans votre approche et votre prise en charge vous évoquez ( entre autre ) l’inflammation et les perturbateurs endocriniens. L’endométriose est donc une pathologie inflammatoire ? Il y a-t-il des perturbateurs endocriniens plus spécifiques ? Pouvez-vous en citer quelques-uns ? 

L’inflammation est un vaste sujet. C’est un mécanisme automatique et protecteur que produit notre corps qui déclenche une inflammation pour se défendre. On a besoin d’inflammation pour être en bonne santé. En fait, ce qu’il faut c’est que celle-ci soit maîtrisée. Par exemple, durant les règles il est tout à fait normal d’avoir une inflammation car elle permet la contraction de l’utérus. Le problème c’est le cumul des inflammations qui va par la suite générer des douleurs. Quand on a des règles douloureuses par exemple on prend souvent un anti-inflammatoire, et ça va soulager la douleur sur le moment, mais cela ne règle pas la cause de l’inflammation. L’alimentation et le stress peuvent aussi créer de l’inflammation. En naturopathie, on ne règle pas le problème mais on optimise l’hygiène de vie pour limiter les douleurs et l’inconfort. Les perturbateurs endocriniens ne sont pas à “l’origine” de l’endométriose, mais ils sont propices à son développement. L’OMS définit les perturbateurs endocriniens comme des perturbateurs hormonaux. Certains perturbateurs endocriniens vont mimer l’effet des oestrogènes. C’est le cas des xénoestrogènes, qu’on appelle aussi souvent BPA. On les trouve le plus souvent dans les tickets de caisse ou dans le plastique, et ils viennent prendre la place des oestrogènes. Cela entraîne donc une désinformation pour le corps féminin qui pense à tort qu’il a suffisamment d’oestrogènes. Le PFOA fait aussi partie des perturbateurs endocriniens les plus connus, on le trouve dans le Téflon qui est présent dans les casseroles par exemple. Ce sont des nanoparticules qui rentrent ensuite dans la nourriture que l’on fait chauffer dans ces ustensiles, et qui viennent perturber les hormones. Le problème c’est que les perturbateurs endocriniens font partie de notre quotidien.

Vous mentionnez aussi les effets du stress sur cette maladie, en quoi le stress serait plus spécifique dans cette pathologie plutôt que dans une autre ? 

Le stress c’est le mal du siècle, il vient déséquilibrer nos métabolismes. Lorsque l’on stresse on ne digère pas bien, donc on assimile moins bien nos vitamines et nos minéraux dont on a besoin pour être en bonne santé. L’impact du stress est très néfaste dans les pathologies hormonales parce que le stress génère de l’inflammation qui contribue à entretenir l’endométriose, mais aussi toutes les pathologies hormonales ont une hypersensibilité au stress. 

Pourquoi parle-t-on souvent de fatigue chronique lorsque l’on parle d’endométriose ?

D’abord la première fatigue c’est la douleur. Avoir mal constamment c’est épuisant. En plus d’être stressé on ne dort pas comme on a des douleurs nocturnes, et dans les cas d’endométriose les plus développées, on parle même de fatigue chronique. 

On parle beaucoup de traitement hormonal pour soulager l’endométriose. Il semblerait que de plus en plus de femmes ne souhaitent pas avoir recours à ces traitements, êtes-vous souvent confrontée à cette problématique avec les femmes que vous rencontrez dans le cadre de votre profession ?

Dans les femmes que je rencontre il y a souvent deux schémas différents. Bien souvent les femmes qui viennent me consulter souffrent de grosses douleurs, et prennent pour la majorité d’entre elles la pilule. Pour ces femmes je prends bien évidemment en compte les traitements. Je travaille donc avec elles sur l’hygiène de vie, la gestion de la douleur, la gestion du stress afin de limiter les facteurs inflammatoires. J’agis en terme de prévention et je compose avec leurs traitements souvent lourds. La deuxième possibilité sont celles qui ne prennent pas de traitement. Dans ce cas, on travaille différemment, en agissant aussi sur l’inflammation mais également sur la régulation des cycles menstruels.

De votre point de vue, existe-t-il une prédisposition à développer de l’endométriose ? 

L’épigénétique joue bien sûr un rôle, mais tout comme les autres pré-dispositions, ce n’est pas parce qu’une femme est pré-disposée à cette pathologie quelle va forcément la développer. De plus, il y a tellement de co facteurs dans le développement de cette maladie qu’on ne peut pas dire que c’est une certitude de développer de l’endométriose si la génétique va dans ce sens. 

Certaines femmes sont-elles plus à risque que d’autres ?

Ce qui est sûr c’est que certains facteurs accentuent les risques d’endométriose. La pollution, les perturbateurs endocriniens, le stress, la mauvaise hygiène de vie multiplient les chances de développer de l’endométriose. Certaines femmes peuvent donc être plus à risque que d’autres, mais c’est tellement multifactoriel qu’on ne peut pas dire que c’est l’unique moyen d’en développer. A titre personnel, depuis que je fais ce qu’il faut j’ai réduit mes symptômes. Je vois à certains moments de ma vie que les douleurs peuvent être plus aiguës quand j’ai plus de stress, ou quand mes cycles arrivent. Ce qui est important c’est d’être acteur de sa propre santé. 

Si elle n’est pas prise en charge, la maladie peut-elle engendrer des lésions des organes internes ? 

Tout dépend de son emplacement et de sa prolifération, mais une endométriose profonde atteint les organes internes. Cela dépend de chacune, il y en a certaines qui n’évoluent pas, d’autres au contraire évoluent très vite. Souvent on entend dire que lorsqu’on fait des enfants on guérit de l’endométriose. Parfois elle est en effet moins douloureuse, mais quelques fois aussi ce n’est qu’une trêve. 

Pourquoi vous tourner vers la naturopathie pour accompagner ou soulager cette pathologie ? 

Encore une fois, il faut être acteur de sa santé. Cela s’applique pour n’importe quelle pathologie. On a toujours l’impression que la naturopathie rime avec la restriction alors que c’est tout le contraire ! c’est ne pas tomber dans les clichés, manger de tout et se faire plaisir raisonnablement. C’est la dose qui fait le poison. Le sucre cause de l’inflammation mais la privation cause du stress. Encore une fois tout est question d’équilibre. La naturopathie sert à accompagner, à soulager. Il n’y a pas de miracle. Le but est de réformer, et une réforme ça prend du temps. C’est une compilation d’efforts qui soulage une douleur. 

Aujourd’hui, arrive-t-on à vivre “normalement” avec cette maladie ? 

Tout dépend, certaines femmes sont asymptomatiques ou avec des douleurs supportables, pour d’autres c’est plus dur. Il n’y a pas de solution miracle. Des opérations sont possibles mais parfois cela ne change rien ou empire même la situation.

Bien que ce soit compliqué et risqué, on peut à présent parler de grossesse et d’endométriose. Quelles sont les contraintes et les difficultés que rencontrent les futures mamans atteintes de cette maladie ?

Un des gros problèmes lors du diagnostic de l’endométriose c’est que les jeunes femmes qui en sont atteintes sont persuadées qu’elles ne pourront pas avoir d’enfant. Cette prise en charge doit changer car cela entraîne de l’inquiétude et davantage de stress. Effectivement, 30 à 40 % des femmes atteintes d’endométriose rencontrent des soucis de fertilité mais rien n’est immuable et puis il y a différents facteurs; une femme sous pilule veut avoir un bébé mais lorsqu’elle arrête son traitement réapparaissent les douleurs et cela cause du stress, ce qui encore une fois perturbe la fertilité. Parfois il y a aussi des problèmes d’adhérences, qui peuvent gêner les spermatozoïdes dans les trompes. Certaines femmes peuvent avoir recours à une opération chirurgicale, mais cela prend du temps. La maladie peut également impacter la qualité des ovules, il y a aussi le phénomène d’inflammation car l’endomètre a son propre système immunitaire, et il peut produire une immunité qui empêche l’imputation de l’embryon. 

On assiste aujourd’hui à de plus en plus de cas d’endométriose dans la post-ménopause. Pourquoi ? 

En réalité, l’endométriose n’apparaît pas à la post-ménopause, mais à ce moment-là, les femmes ont une chute d’oestrogènes. Les oestrogènes n’ont pas comme unique rôle la régulation du cycle sexuel, ils jouent aussi un rôle dans la solidité des os par exemple, et quand une femme n’a plus suffisamment d’oestrogènes elle peut continuer de ressentir cette hypersensibilité aux oestrogènes. Normalement la douleur s’atténue, mais encore une fois chaque femme est différente.

Peut-on encore dire de l’endométriose que c’est : “la maladie dont on ne parle pas” ? 

Je pense que c’est la maladie “dont on ne parle pas assez”. A titre personnel je  vois chaque semaine des femmes souffrantes de cette maladie avec des parcours très différents, certaines ont vécu de longues années avant d’être diagnostiqués d’autres ont pu être rapidement prises en charge. Je pense que l’on n’est jamais trop bien informé, l’endométriose doit faire parler d’elle pour être toujours mieux encadrée, notamment dans l’univers professionnel, une femme doit pouvoir sans aucune honte rester chez elle en cas de douleurs intenses liées à sa pathologie. Il y a de plus en plus de structures qui travaillent pour une meilleure prise en charge, les plus connues sont probablement Résendo de l’hôpital saint joseph, ou Endofrance. Il y a également la filière endométriose de l’ARS qui organise des conférences dans les cliniques spécialisées dans l’endométriose. L’objectif est de faire le lien entre les différentes professions et l’endométriose. Par exemple, il faut être formé pour détecter l’endométriose dans les IRMs. Bien souvent, certaines femmes ne sont pas diagnostiquées après avoir passé un IRM car ils ne sont pas lus correctement. Il est important d’avoir dans ces réseaux des professionnels de santé qui peuvent aider le parcours de soin de la patiente. 

Jessica Brail, naturopathe spécialisée en endométriose

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